
"Nettoyeur
juridique" pour un grand cabinet d'avocats,
Michael Clayton, alias
George Clooney, n'a pas son pareil pour
étouffer les affaires embarrassantes des clients de ses patrons. Mais un jour, il doit faire oublier le "pétage de plomb" de l'un des avocats d'une importante firme agrochimique. Il découvre
enfin le peu de scrupules de ses patrons, prêts à fermer les yeux sur les effets cancérigènes d'un engrais et à défendre sans états d'âme leur client. Théories du complot, avocats véreux,
multinationale prête à tuer pour son profit, le fan-club d'Erin Brockovich peut reprendre du service avec "
Michael Clayton". Comme l'héroïne jadis incarnée par
Julia Roberts,
Michael Clayton est
seul contre tous, il a une vie de famille à gérer, et tout le monde veut lui trouer la peau. Bref, tous les ingrédients pour réussir un film haletant, plein de rebondissements et délicieusement
paranoïaque.
Malheureusement, le réalisateur
Tony Gilroy, pourtant très inspiré dans ses scenarii (notamment l'excellente trilogie "
Jason Bourne"), rate son passage à la mise
en scène. Visuellement, on ne peut rien lui reprocher. Il enchaîne les plans avec un talent évident qui n'est pas sans rappeler le style d'un Steven Soderbergh ou d'A
lejandro González
Inárritu, à la fois nerveux et contemplatif. Ce qui pêche, ce sont les connexions entre l'intrigue judiciaire du film et la vie personnelle de
Michael
Clayton. A trop vouloir en faire un personnage complexe et profond,
Tony Gilroy perd souvent le fil, et le spectateur. Et omet systématiquement
de faire avancer le schmilblick. Et à trop rester le cul entre deux chaises, les deux aspects du film finissent par perdre peu à peu en intérêt. Le fameux complot n'est finalement qu'assez
peu développé.
Michael Clayton ne le découvre d'ailleurs véritablement que dans les vingt dernières minutes d'un long-métrage
déjà poussif. L'histoire, aussi scandaleuse qu'elle soit, finit par ne plus intéresser personne et on n'arrive même pas à y croire. Il est clair que
Tony Gilroy veut dénoncer
quelque chose, fort légitimement sans doute, mais tout reste superficiel.
Quant à la mise en avant de la personnalité du personnage éponyme, elle n'est clairement pas assez poussée et s'embrume dans de trop multiples péripéties : problèmes d'argent de
Michael Clayton, effacement des liens familiaux, un enfant délaissé... Un peu beaucoup pour un seul homme, déjà menacé par les hommes de
main d'une affreuse multinationale. Il faut bien avouer que
George Clooney fait tout ce qu'il peut pour sauver le film dont le message lui tient visiblement à coeur. Il met au
placard son costume de séducteur et se met en danger dans ce rôle de héros fragile et... complètement largué !
Michael Clayton est en effet incapable de deviner dans quoi il a mis les pieds avant de se retrouver avec les preuves sous le nez. Le jeu de
Clooney est impeccable
mais pourquoi aller se fourvoyer dans une telle galère ? L'engagement politique de l'acteur américain ne devrait pas le dispenser de mieux choisir ses films. On sent la même conviction chez
Sydney Pollack, qui campe un patron prêt à toutes les compromissions, comme
Tilda Swinton, incarnation parfaite de l'executive woman froide et implacable. Mais
la virtuosité des acteurs et les effets de mise en scène réussis ne suffisent pas à sauver un "
Michael Clayton" inconsistant, bavard et franchement ennuyeux.
Les bonus ne relèvent pas le niveauté avec une pauvreté affligeante : quelques scènes commentées, une conférence de presse et des scènes coupées. Pas plus.
Derniers Commentaires